Dimanche 2 avril 2006

A LA MUSIQUE

Sur la place taillée en mesquines pelouses,
Square où tout est correct, les arbres et les fleurs,
Tous les bourgeois poussifs qu'étranglent les chaleurs
Portent, les jeudis soirs, leurs bêtises jalouses.

- L'orchestre militaire, au milieu du jardin,
Balance ses schakos dans la Valse des fifres :
- Autour, aux premiers rangs, parade le gandin ;
Le notaire pend à ses breloques à chiffres.

Des rentiers à lorgnons soulignent tous les couacs :
Les gros bureaux bouffis traînent leurs grosses dames
Auprès desquelles vont, officieux cornacs,
Celles dont les volants ont des airs de réclames ;

Sur les bancs verts, des clubs d'épiciers retraités
Qui tisonnent le sable avec leur canne à pomme,
Fort sérieusement discutent les traités,
Puis prisent en argent, et reprennent : "En somme !..."

Epatant sur son banc les rondeurs de ses reins,
Un bourgeois à boutons clairs, bedaine flamande,
Savoure son onnaing d'où le tabac par brins
Déborde - vous savez, c'est de la contrebande ; -

Le long des gazons verts ricanent les voyous ;
Et rendus amoureux par le chant des trombones,
Très naïfs, et fumant des roses, les pioupious
Caressent les bébés pour enjôler les bonnes..

- Moi, je suis, débraillé comme un étudiant,
Sous les marronniers verts les alertes fillettes :
Elles le savent bien ; et tournent en riant,
Vers moi, leurs yeux tout pleins de choses indiscrètes.

Je ne dit pas un mot : je regarde toujours
La chair de leurs cous blancs brodés de mèches folles :
Je suis, sous le corsage et les frêles atours,
Le dos divin après la courbe des épaules.

J'ai bientôt déniché la bottine, le bas...
- Je reconstruis les corps, brûlé de belles fièvres.
Elles me trouvent drôle et se parlent tout bas...
- Et mes désirs brutaux s'accrochent à leurs lèvres...

par Ghislain Hammer publié dans : A LA MUSIQUE
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Dimanche 2 avril 2006

 

MORTS DE QUATRE-VINGT-DOUZE

 

Morts de Quatre-vingt-douze et de Quatre-vingt-treize,
Qui, pâles du baiser fort de la liberté,
Calmes, sous vos sabots, brisiez le joug qui pèse
Sur l'âme et sur le front de toute humanité ;

Hommes extasiés et grands dans la tourmente,
Vous dont les coeurs sautaient d'amour sous les haillons,
O Soldats que la Mort a semés, noble Amante,
Pour les régénérer, dans tous les vieux sillons ;

Vous dont le sang lavait toute grandeur salie,
Morts de Valmy, Morts de Fleurus, Morts d'Italie,
O million de Christs aux yeux sombres et doux ;

Nous vous laissions dormir avec la République,
Nous, courbés sous les rois comme sous une trique.
- Messieurs de Cassagnac nous reparlent de vous !

Fait à Mazas, 3 septembre 1870.


par Ghislain Hammer publié dans : MORTS DE QUATRE-VINGT-DOUZE
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Jeudi 30 mars 2006

Fortement inspiré des "Châtiments" de Victor Hugo, ce n'est pas à Napoléon III que s'adresse ces vers mais à Louis XVI. En partant d'un fait réel, le roi Louis XVI interpellépar le boucher Lengendre contraint de coiffer le bonnet phrygien, Rimbaud, exprime dans ce texte, un "cri du peuple" à la Vallès, son idéal révolutionnaire et sa foi en l'avenir de l'humanité. L'anecdote intéresse Rimbaud en ce qu'elle met en scène des hommes qui prennent en main leur destinée et se découvrent soudainement forts et libres. Dans ces vers l'aventure politique et l'aventure poétique sont subtilement mêlés.
1 Métaphore du forgeron et de l'écrivain
Marteler le métal et sculpter les phrases
Une musicalité d'assonances et d'allitérations
Une allégorie, le mythe de Prométhée
2 L'analyse politique et sociale
La reconnaissance du monde ouvrier
La maturité politique du peuple
Misère du peuple et luxe des dirigeants
Un communication entre classes toujours difficile
3 L'esprit révolutionnaire
Le flot des ouvriers, la foule et la houle
L'ivresse de l'espoir
Des besoins très simples

Le poème "le forgeron" a été inspiré à Rimbaud par une gravure de l'Histoire de la Révolution Française d'Auguste Thiers montrant Louis XVI pris à partie par le boucher Legendre et coiffant le bonnet rouge des révolutionnaires. De ce boucher, Rimbaud a fait un forgeron, tâche plus riche de signification mythique (les Titans en lutte contre les dieux de l'Olympe). Dès les premiers vers du poèmes, Rimbaud va faire souffler sur ses alexandrins un vent de tourmente en jouant sur les sonorités, les assonances et les allitérations pour rendre compte du climat de révolte mais aussi de cacophonie qui règne dans le peuple. L'assonance en "i" , voyelle aiguë et fermée (gigantesque/ivresse/riant/Louis) donne un aspect criard à la révolte populaire. En écho se superpose le son plus sourd "an" (gigantesque/effrayant/grandeur/tordant) qui traduit la surditédu roi aux appels populaires. L'assonance en "ai" répétée dans clairon d'airain marque une répétitions d'interpellations demeurées sans suite. Rimbaud joue également sur le jeu des allitérations pour rendre compte par un jeu de sifflantes de la rapidité de déplacement du roi (le seigneur, à cheval, passait, sonnant du cor). Tout le poème n'est qu'un subtil jeu d'assonances et d'allitérations qui donne du mouvement à la révolte populaire
L'analyse politique et sociale
Les deux premiers mots du poème "le bras" donne de suite le ton au poème, d'un coté des ouvriers et des paysans qui n'ont que leurs bras et reçoivent "gratuitement" des coups de fouet du seigneur (fouaillaient), de l'autre une noblesse brutale vivant sous les lambris d'or, un clergé vivant dans l'insouciance et le confort "au soleil" passant le temps à réciter ses prières (disait des patenôtres), des élus timides rédigeant "des menus décrets", des juges "hommes en noirs" renvoyant les litiges des ouvriers. Rimbaud emprunte à Hugo le souffle et l'emphase des "Châtiments" pour dénoncer la misère ouvrière de ce XIXème siècle. En mettant face à face en août 1792, un homme du peuple énergique et musclé, le forgeron et le roi Louis XVI vacillant sur son trône, il accumule les blasphèmes à l'endroit de la noblesse, le roi (ce gros là/le roi debout sur son ventre/tes mille chenapans), puis la justice (ces chers avocassiers), les mots d'ordre exaltés de la "crapule souveraine", le peuple des ouvriers réunis sous la bannière de la liberté et de l'amour. Il n'hésite pas dans le même mouvement à agresser la religion hypocrite de son enfance, gavée de bigoterie et de tartufferie.
L'esprit révolutionnaire
On retrouve dans le poème toutes les nombreuses sources des conflits révolutionnaires, les injustices, les privilèges, les impôts, la propriété, le service militaire. Rimbaud fait parler le forgeron avec un langage simple, familier mais très imagé. "Tu crois que j'aime voir ta baraque splendide" dit le forgeron à propos des Tuileries au roi, "tes palsembleu bâtards qui tournent comme des paons" à propos de la cour dont le pale sang bleu traduit une bien modeste noblesse, "nous dorerons ton Louvre en donnant nos gros sous" pour rappeler l'usage qui est fait des impôts. Si le forgeron personnifie La Bastille "cette bête suait du sang à chaque pierre", les ouvriers sont constamment associés à une inorganisation et à une très grande saleté "le tas des ouvriers", "traînant sa veste sale", "l'immense populace", "nos taudis", "main superbe de crasse". La demande du forgeron apparaît cependant modeste, il ne demande pas le pouvoir comme on pourrait s'y attendre mais de la reconnaissance, un peu de la récolte que lui accorde la Providence qui lui permettrait de vivre avec sa femme et ses enfants. En ce sens Rimbaud apparaît plus un révolté qu'un véritable révolutionnaire. L'espoir en une nouvelle vie est indissolublement lié chez lui à la révolte contre une société déchue, étouffante. Se révolter, c'est retrouver en soi cet élan vital qu'a tenté de freiner la vie sociale. A la fin du poème le forgeron abdique et d'un geste de mépris jette le bonnet au roi.
Conclusion
On trouve de façon étonnante dans ce texte une certaine admiration de Rimbaud pour le monde ouvrier. On sait aussi que Rimbaud depuis l'âge de treize ou quatorze ans rêvait à la destruction violente de la société. Avec l'espoir de la commune, l'idée de cette métamorphose par le biais d'une rénovation politique a donné une autre portée à sa révolte personnelle. En esquissant une révolution comme l'alliance des forces instinctives des travailleurs guidés par un besoin d'amour (nous marchions, nous chantions, nous allions au soleil, front haut), Rimbaud échappe ici à l'étiquette socialiste qu'on lui a parfois attribuée.

par Ghislain Hammer publié dans : LE FORGERON
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Jeudi 30 mars 2006

 

 

LE FORGERON

 




Le bras sur un marteau gigantesque, effrayant
D'ivresse et de grandeur, le front vaste, riant
Comme un clairon d'airain, avec toute sa bouche,
Et prenant ce gros-là dans son regard farouche,
Le Forgeron parlait à Louis Seize, un jour
Que le Peuple était là, se tordant tout autour,
Et sur les lambris d'or traînant sa veste sale.
Or le bon roi, debout sur son ventre, était pâle
Pâle comme un vaincu qu'on prend pour le gibet,
Et, soumis comme un chien, jamais ne regimbait
Car ce maraud de forge aux énormes épaules
Lui disait de vieux mots et des choses si drôles,
Que cela l'empoignait au front, comme cela !

"Or, tu sais bien, Monsieur, nous chantions tra la la
Et nous piquions les boeufs vers les sillons des autres :
Le Chanoine au soleil filait des patenôtres
Sur des chapelets clairs grenés de pièces d'or.
Le Seigneur, à cheval, passait, sonnant du cor
Et l'un avec la hart, l'autre avec la cravache
Nous fouaillaient. - Hébétés comme des yeux de vache,
Nos yeux ne pleuraient plus ; nous allions, nous allions,
Et quand nous avions mis le pays en sillons,
Quand nous avions laissé dans cette terre noire
Un peu de notre chair... nous avions un pourboire :
On nous faisait flamber nos taudis dans la nuit ;
Nos petits y faisaient un gâteau fort bien cuit.

..."Oh ! je ne me plains pas. Je te dis mes bêtises,
C'est entre nous. J'admets que tu me contredises.
Or, n'est-ce pas joyeux de voir, au mois de juin
Dans les granges entrer des voitures de foin
Énormes ? De sentir l'odeur de ce qui pousse,
Des vergers quand il pleut un peu, de l'herbe rousse ?
De voir des blés, des blés, des épis pleins de grain,
De penser que cela prépare bien du pain ?...
Oh ! plus fort, on irait, au fourneau qui s'allume,
Chanter joyeusement en martelant l'enclume,
Si l'on était certain de pouvoir prendre un peu,
Étant homme, à la fin ! de ce que donne Dieu !
- Mais voilà, c'est toujours la même vieille histoire !

"Mais je sais, maintenant ! Moi, je ne peux plus croire,
Quand j'ai deux bonnes mains, mon front et mon marteau,
Qu'un homme vienne là, dague sur le manteau,
Et me dise : Mon gars, ensemence ma terre ;
Que l'on arrive encor, quand ce serait la guerre,
Me prendre mon garçon comme cela, chez moi !
- Moi, je serais un homme, et toi, tu serais roi,
Tu me dirais : Je veux !... - Tu vois bien, c'est stupide.
Tu crois que j'aime voir ta baraque splendide,
Tes officiers dorés, tes mille chenapans,
Tes palsembleu bâtards tournant comme des paons :
Ils ont rempli ton nid de l'odeur de nos filles
Et de petits billets pour nous mettre aux Bastilles,
Et nous dirons : C'est bien : les pauvres à genoux !
Nous dorerons ton Louvre en donnant nos gros sous !
Et tu te soûleras, tu feras belle fête.
- Et ces Messieurs riront, les reins sur notre tête !

"Non. Ces saletés-là datent de nos papas !
Oh ! Le Peuple n'est plus une putain. Trois pas
Et, tous, nous avons mis ta Bastille en poussière.
Cette bête suait du sang à chaque pierre
Et c'était dégoûtant, la Bastille debout
Avec ses murs lépreux qui nous racontaient tout
Et, toujours, nous tenaient enfermés dans leur ombre !
- Citoyen ! citoyen ! c'était le passé sombre
Qui croulait, qui râlait, quand nous primes la tour !
Nous avions quelque chose au coeur comme l'amour.
Nous avions embrassé nos fils sur nos poitrines.
Et, comme des chevaux, en soufflant des narines
Nous allions, fiers et forts, et ça nous battait là...
Nous marchions au soleil, front haut, - comme cela, -
Dans Paris ! On venait devant nos vestes sales.
Enfin ! Nous nous sentions Hommes ! Nous étions pâles,
Sire, nous étions soûls de terribles espoirs :
Et quand nous fûmes là, devant les donjons noirs,
Agitant nos clairons et nos feuilles de chêne,
Les piques à la main ; nous n'eûmes pas de haine,
- Nous nous sentions si forts, nous voulions être doux !

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"Et depuis ce jour-là, nous sommes comme fous !
Le tas des ouvriers a monté dans la rue,
Et ces maudits s'en vont, foule toujours accrue
De sombres revenants, aux portes des richards.
Moi, je cours avec eux assommer les mouchards :
Et je vais dans Paris, noir, marteau sur l'épaule,
Farouche, à chaque coin balayant quelque drôle,
Et, si tu me riais au nez, je te tuerais !
- Puis, tu peux y compter, tu te feras des frais
Avec tes hommes noirs, qui prennent nos requêtes
Pour se les renvoyer comme sur des raquettes
Et, tout bas, les malins ! se disent " Qu'ils sont sots !"
Pour mitonner des lois, coller de petits pots
Pleins de jolis décrets roses et de droguailles,
S'amuser à couper proprement quelques tailles,
Puis se boucher le nez quand nous marchons près d'eux,
-Nos doux représentants qui nous trouvent crasseux ! -
Pour ne rien redouter, rien, que les baïonnettes...,
C'est très bien. Foin de leur tabatière à sornettes!
Nous en avons assez, là, de ces cerveaux plats
Et de ces ventres-dieux. Ah ! ce sont là les plats
Que tu nous sers, bourgeois, quand nous somme féroces,
Quand nous brisons déjà les sceptres et les crosses !..."

...................................................................

Il le prend par le bras, arrache le velours
Des rideaux, et lui montre en bas les larges cours
Où fourmille, où fourmille, où se lève la foule,
La foule épouvantable avec des bruits de houle,
Hurlant comme une chienne, hurlant comme une mer,
Avec ses bâtons forts et ses piques de fer,
Ses tambours, ses grands cris de halles et de bouges,
Tas sombre de haillons saignants de bonnets rouges :
L'Homme, par la fenêtre ouverte, montre tout
Au roi pâle et suant qui chancelle debout,
Malade à regarder cela !
"C'est la Crapule,
Sire. Ca bave aux murs, ça monte, ça pullule :
- Puisqu'ils ne mangent pas, Sire, ce sont des gueux !
Je suis un forgeron : ma femme est avec eux,
Folle ! Elle croit trouver du pain aux Tuileries !
- On ne veut pas de nous dans les boulangeries.
J'ai trois petits. Je suis crapule. - Je connais
Des vieilles qui s'en vont pleurant sous leurs bonnets
Parce qu'on leur a pris leur garçon ou leur fille :
C'est la crapule. - Un homme était à la Bastille,
Un autre était forçat : et tous deux, citoyens
Honnêtes. Libérés, ils sont comme des chiens :
On les insulte ! Alors, ils ont là quelque chose
Qui leur fait mal, allez ! C'est terrible, et c'est cause
Que se sentant brisés, que, se sentant damnés,
Ils sont là, maintenant, hurlant sous votre nez !
Crapule. - Là-dedans sont des filles, infâmes
Parce que, - vous saviez que c'est faible, les femmes -
Messeigneurs de la cour, - que ça veut toujours bien, -
Vous leur avez craché sur l'âme, comme rien !
Vos belles, aujourd'hui, sont là. C'est la crapule.

...................................................................

"Oh ! tous les Malheureux, tous ceux dont le dos brûle
Sous le soleil féroce, et qui vont, et qui vont,
Qui dans ce travail-là sentent crever leur front,
Chapeau bas, mes bourgeois ! Oh ! ceux-là, sont les Hommes !
Nous sommes Ouvriers, Sire ! Ouvriers ! Nous sommes
Pour les grands temps nouveaux où l'on voudra savoir,
Où l'Homme forgera du matin jusqu'au soir,
Chasseur des grands effets, chasseur des grandes causes,
Où, lentement vainqueur, il domptera les choses
Et montera sur Tout, comme sur un cheval !
Oh ! splendides lueurs des forges ! Plus de mal,
Plus ! - Ce qu'on ne sait pas, c'est peut-être terrible :
Nous saurons ! - Nos marteaux en main, passons au crible
Tout ce que nous savons : puis, Frères, en avant !
Nous faisons quelquefois ce grand rêve émouvant
De vivre simplement, ardemment, sans rien dire
De mauvais, travaillant sous l'auguste sourire
D'une femme qu'on aime avec un noble amour :
Et l'on travaillerait fièrement tout le jour,
Écoutant le devoir comme un clairon qui sonne :
Et l'on se sentirait très heureux ; et personne,
Oh ! personne, surtout, ne vous ferait ployer !
On aurait un fusil au-dessus du foyer...

...................................................................

"Oh ! mais l'air est tout plein d'une odeur de bataille.
Que te disais-je donc ? Je suis de la canaille !
Il reste des mouchards et des accapareurs.
Nous sommes libres, nous ! Nous avons des terreurs
Où nous nous sentons grands, oh ! si grands ! Tout à l'heure
Je parlais de devoir calme, d'une demeure...
Regarde donc le ciel ! - C'est trop petit pour nous,
Nous crèverions de chaud, nous serions à genoux !
Regarde donc le ciel ! - Je rentre dans la foule,
Dans la grande canaille effroyable, qui roule,
Sire, tes vieux canons sur les sales pavés :
- Oh ! quand nous serons morts, nous les aurons lavés !
- Et si, devant nos cris, devant notre vengeance,
Les pattes des vieux rois mordorés, sur la France
Poussent leurs régiments en habits de gala,
Eh bien, n'est-ce pas, vous tous ? Merde à ces chiens-là !"

...................................................................

- Il reprit son marteau sur l'épaule.
La foule
Près de cet homme-là se sentait l'âme soûle,
Et, dans la grande cour, dans les appartements,
Où Paris haletait avec des hurlements,
Un frisson secoua l'immense populace.
Alors, de sa main large et superbe de crasse,
Bien que le roi ventru suât, le Forgeron,
Terrible, lui jeta le bonnet rouge au front !

par Ghislain Hammer publié dans : LE FORGERON
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Jeudi 30 mars 2006

 

LE CHÂTIMENT DE TARTUFE



Tisonnant, tisonnant son coeur amoureux sous
Sa chaste robe noire, heureux, la main gantée,
Un jour qu'il s'en allait, effroyablement doux,
Jaune, bavant la foi de sa bouche édentée,

Un jour qu'il s'en allait, "Oremus", - un Méchant
Le prit rudement par son oreille benoîte
Et lui jeta des mots affreux, en arrachant
Sa chaste robe noire autour de sa peau moite !

Châtiment !... Ses habits étaient déboutonnés,
Et le long chapelet des péchés pardonnés
S'égrenant dans son coeur, Saint Tartufe était pâle !...

Donc, il se confessait, priait, avec un râle !
L'homme se contenta d'emporter ses rabats...
- Peuh ! Tartufe était nu du haut jusques en bas !

par Ghislain Hammer publié dans : LE CHÂTIMENT DE TARTUFE
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